_JewelspinCrystalMatrix

Olivier fulmine « c’est lisse comme le derrière d’un nourrisson » je retiens un sourire ,nous apprêtant à faire demi tour Désiré nous interpelle :

-« Alors les Veiraliers vous allez le dire ce Nom ?

Que veut il dire ?nous ne comprenons pas…quel Nom ? Il déboule prés de nous .

Son rire tonitruant emplit le palier,les escaliers , le couloir en une formidable cascade qui roule au plus profond de la Terre pour remonter en gerbes sonores jusqu’aux cœurs des Etoiles. Sidérés nous le regardons , il est à l’aise , et nous si maladroits que nous ne savons quoi dire . Son rire cuivré s’en va en échos….diminue pour s’éteindre .

Frémissant encore de rire , Désiré s’accroupit nous en faisons autant ; dans la poussière d’ocre rouge il dessine de son doigt un….Athanor ,surpris , interrogateurs nous le regardons , son regard rencontre le nôtre ,nous désigne le dessin qu’il vient de tracer et nous demande :

-« ça ne vous dit rien l’Athanor » ? allons ne me dites pas que vous l’ignorez ? qui s’occupe , qui connaît le secret de l’Athanor ?…

Olivier et moi restons silencieux , puis brusquement un mot jaillit de nos lèvres au même moment :

« L’Adepte »*

A peine avons-nous prononcé ce Mot qu’un frôlement imperceptible se fait entendre ….le mur qui ferme le palier s’estompe révélant une entrée aussi vaste que le porche d’une cathédrale….si impressionnante que nous n’osons pas bouger…Olivier passe une main sur son front , moi la tête me tourne un peu !

D’un geste Désiré nous invite à passer ce seuil peu ordinaire . Quelques marches se présentent, en les descendant nous en comptons trois . La lumière est moins vive ; une fois descendus la pénombre s’éclaircit d’un flot d’ambre lumineux venant de nulle part. Devant nous s’ouvre une salle immense plus longue que large de forme ovoïdale ,s’incurvant du sol au plafond…elle semble « monter » tout là bas au fond….

Soudain l’air vibre…Désiré qui nous accompagne murmure :

- « Enfin la Nef , la voila »tout en montrant d’un geste ample l’ensemble surprenant ressemblant à la coque d’un navire renversée » . Médusés ,tous les trois nous admirons cet espace qui semble venir d’Ailleurs .

Désiré semble particulièrement secoué ;des larmes s’échappent de ses yeux sans qu’il n’y prenne garde . Il nous fait signe de poursuivre notre avancée nous comprenons que lui ne va pas plus loin .

La Paix de la Nef est si profonde et tangible qu’elle en est palpable. Nous avançons sans crainte . Le sol souple sous nos pas nous donne l’impression de marcher sur des coussins de plumes . Les parois ,le plafond, le sol brillent doucement .

Arrivés au centre de cette allée très large nous nous arrêtons devant un cercle de mosaïques de pierres blanches disposées en un petit labyrinthe sur le sol .

Une fleur à six pétales stylisés cerclés d’argent en est le centre . Je me baisse pour mieux la voir ; les pétales semblent fait de nacre , le cercle est « endiamantiné » et non d’argent ,le cœur est de cristal . Lorsque je l’effleure du bout des doigts, un léger déclic se fait entendre .Alors que je retire ma main , le cœur cristallin s’enfonce et la fleur s’ouvre dans un mouvement circulaire faisant glisser ses pétales les uns sur les autres , puis ils s’effacent comme absorbés par le sol .

A leur place apparaît une surface translucide irisée de mouvances colorées comme des aquarelles . Je me hasarde à frôler ce qui n’est pas de l’eau et qui lui ressemble à s’y méprendre ; la texture en est soyeuse , très agréable au toucher .

Olivier fait comme moi . Lorsque nous retirons nos doigts des gouttelettes brillantes et multicolores y restent accrochées comme des perles précieuses , pour se détacher ensuite et revenir à leur source . Quand nous nous relevons les pétales se referment sans bruit la Fleur s’est reformée.

Impressionnés nous ne disons pas un mot et restons rêveurs devant ce prodige !

A partir de cet endroit , le sol amorce une côte légère enfin c’est ce qu’il nous semble…nous nous sentons un peu bizarres !

La Nef s’élargit comme la traîne d’un manteau de Cour. En nous retournant nous constatons que la Fleur est bien au creux de la pente comme nous le pensions . Insensiblement au fur et à mesure de notre marche « nous montons » .

La même lumière ambrée palpitante comme un coeur nous accompagne .

C’est une Présence silencieuse vivante, nous percevons le souffle paisible qui l’habite ! Arrivant à « l’évasement final » de la Nef , si je puis m’exprimer ainsi , un bruissement léger dans l’air nous fait tressaillir et nous arrêter… ce murmure ressemble au friselis de l’eau .

Nous attendons ,intrigués mais pas inquiets…nous sommes sûrs que quelque chose va se passer...Mon cœur bat tranquille tout comme celui d’Olivier j’en suis sûr.

Nous nous regardons heureux comme des enfants ,ayant la certitude que nous sommes là où il fallait que nous soyons au moment choisi de toute Eternité nos Âmes chantent ! Devant nos yeux stupéfaits , la paroi arrondie en face de nous s’efface peu à peu en éventail.

A sa place se précise doucement un  « Ciel » d’un bleu profond parcouru de longues flèches d’ors de scintillements d’Etoiles de volutes de Galaxies ……C’est une Cosmogonie inconnue…d’autres Cieux ! Un oh admiratif nous échappe , quelle féerie

Un frémissement parcours cet Espace , le bleu s’atténue et fait place à un Ciel d’or rose….le Ciel d’Oriasys ! En vagues douces il disparaît dans la cambrure du Temps !

Je suis ému au de là de tout , prés des larmes …..Tandis que sur une vibration ténue nous parviennent ces mots distinctement :

« A BIENTÔT FRERES »

Je reconnaîtrai cette voix entre mille….

La voix de Thadé !

A nouveau la paroi est lisse ,nous n’avons pas rêvés ! Nous nous étreignons ;puis faisant demi tour nous sommes surpris de voir l’Entrée de la Nef loin ,très loin de nous en contrebas…

Elle est minuscule, nous comprenons ainsi que nous sommes sur  « le promontoire d’une Piste d’Envol Inter Galactique » !

Retrouvant Désiré à l’air libre , tous les trois nous replaçons la dalle de pierre .

Ce dernier y « sème » la poussière d’ocre rouge ,écrase des mottes de cette terre entre ses mains calleuses recouvre avec des branchages et plante « à la va comme j’te pousse » un pied de romarin . En silence nous prenons le chemin du retour , imprégnés de tout ce que nous venons de découvrir .

Le soleil est au zénith lorsque nous arrivons en bas le la colline de l’Athanor . Désiré prends un autre sentier que le nôtre lève la main pour un « Adiousas » sonore tout en s’éloignant parmi les cistes et les lavandes .

Subitement , quelque chose nous saute aux yeux : sa haute silhouette s’est redressée , une « aura » bleue comme les lavandins danse au rythme de ses pas .

Il sifflote toujours ses notes légères avec des variantes et disparaît derrière un bouquet d’arbres et des gros rochers gris bleus.

Il descend vers « Fontamour »son abri préféré ; nous entendons les pierrailles du chemin rouler sous ses pas ; longtemps les notes légères résonnent….

Olivier me pousse du coude :

-« Tu as vu Yalos ,depuis qu’il est entré dans la Nef ce n’est plus le même ? »

Des questions trottent dans nos têtes…

Comment Désiré connaît il le Nom ?

Qui est il sous ses airs bourrus et ignorants ? le saurons nous un jour ?

Plongés dans nos pensées communes nous arrivons à Solidor sans nous en apercevoir. Lucia et Solenza se précipitent vers nous et arrêtent leur élan tout en s’exclamant ensemble :

« Que vous est il arrivé ? » elles nous prennent par la main et nous emmènent sans plus de façon devant le miroir de la chambre basse…

Nous sommes aussi surpris qu’elles : les cheveux d’Olivier s’agrémentent de larges pinceaux argentés aux tempes ,une mèche semblable tranche au dessus de son front , son collier de barbe à subit le même sort tandis qu’une subtile lumière ambrée illumine son visage .

Il semble plus grand plus sûr de lui ! Quand à moi mes yeux sont encore plus clairs si je garde mon teint ocre doré , mes cheveux ont perdus leur pâle blondeur pour prendre une tonalité d’or bruni faisant ainsi un contraste étrange avec la luminosité de mes yeux.

J’ai la sensation que ma carrure s’est élargie , une énergie nouvelle coule en moi comme en Olivier j’en suis sûr . Nos regards se croisent dans le miroir…Comme pour Désiré la colline de l’Athanor nous a touchée !

-« Vous êtes encore plus beaux ainsi , vous avez rencontrez la Fée Estérel ? » nous taquine Solenza .

-« Peut être pas , mais un évènement époustouflant , ça oui » répond Olivier .-« Pour toi aussi Yalos ? » me demande Lucia ce à quoi je réponds :

-«  Oui , pour moi aussi  » !

Bien sûr nous leur contons notre Aventure en compagnie de Désiré . Attentives elles nous écoutent…

-« A quand notre tour , vous nous y emmènerez n’est ce pas ? » Que répondre ? Solenza attend notre enfant…d’un commun accord , nous décidons d’ attendre que la naissance soit faite , c’est plus sage !

mortn036

illustration:JewelspinCrystalMatrix

à suivre