L_ATHANOR_

LA COLLINE de l’ATHANOR .

Régulièrement Olivier et moi partons dans les collines à la recherche de nouveaux pigments ; ceux-ci broyés dans le mortier en bois d’olivier nous révèlent de nouvelles tonalités que nous testons .

Toujours dans les collines à différents endroits nous trouvons aussi des coquillages enfouis depuis des millénaires prouvant que la mer jadis recouvrait ces terres. Nous sommes curieux , surpris et mettons en commun nos «  Savoir Faire ».

A cause de la chaleur ce matin là nous partons tôt avant le lever du jour en emportant nos pelles et un casse-croûte.

Nous grimpons allègrement vers la Colline de l’Athanor …nous l’avons baptisée ainsi car vue de loin elle à l’allure du fourneau des Alchimistes que nous ne sommes pas ; bien que notre soif de découvertes d’association des couleurs pour les faire fusionner nous rapproche de la Transmutation , sans aucune prétention.

Nous avons amélioré le four d’Olivier situé à quelques distances de « Solidor » ; pas très grand il nous suffit pour « cuire » nos petites pièces .

En arrivant, j’entraîne Olivier vers la cuvette creusée dans le sol que nous avons découverte récemment….par hasard , mais celui-ci existe-t-il vraiment ? Je ne le crois pas ! Pour y arriver il nous faut cheminer sur une sente abrupte qui de son sommet s’incline pour arriver à la dite cuvette creusée au centre du terre-plein carré face au soleil levant . Du pied de la colline cet endroit est insoupçonnable cachée par la pente que nous venons de gravir . Un Chêne Kermès y monte la garde ! Nous délimitons l’endroit avec quatre piquets entre lesquels nous tendons des cordes de chanvre. La terre y est plus rouge que celle d’Oriasys .

A force de gratter nous détachons une première croûte que nous enlevons ;nous déblayons la terre poudreuse soigneusement . Au bout d’un long moment nos pelles heurtent quelque chose de compact qui résonne sourdement sous nos coups. Enlevant rapidement cette terre poussière la roche nous apparaît…. une roche d’un blanc rosé veiné de rose plus soutenu . Accroupis nous la touchons du bout des doigts , elle se révèle lisse presque soyeuse ; avec des branchages nous la balayons . Ce faisant des interstices apparaissent délimitant un bloc carré .

Nous essayons vainement de la déloger ; je redescend vivement à Solidor chercher des outils ; à mon retour nous essayons à nouveau , rien à faire le bloc ne bouge pas .C’est alors qu’une voix sonore et chantante comme le torrent de « Gambadou » nous fait sursauter :

-« Eh ! les Veiraliers vous voulez un coup de main ? »

C’est Désiré l’Enfaté autrement dit Désiré l’enfant des Fées , on dit aussi « le Ravi » qui nous interpelle de son grand rire. Goguenard il se moque gentiment de nos efforts…il doit nous observer depuis un moment. Grand et fort comme un chêne c’est une force de la nature .

Il a dans son regard la tendresse d’un enfant. Toujours dépenaillé ,il va où le vent le pousse . Cependant sous son apparence fruste , il possède de multiples dons ; comme celui de trouver les sources , les plantes qui soignent , il « lève le feu » des brûlures parle aux animaux qui viennent à lui sans crainte. Désiré  interpelle « le Petit Peuple » dont il est l’ami . Doux comme un agneau ; bienfaiteur de tous les êtres fragiles quels qu’ils soient . Il tient de longs conciliabules avec l’Invisible…ses yeux rieurs sont des lacs de lumière ni bleus ni gris pailletés d’or dans son visage buriné par le vent , le soleil et la pluie….c’est Désiré Bienvenu !

Je l’ai entendu parler aux oiseaux , ils viennent se poser sans crainte sur ses robustes épaules , se perchent dans sa tignasse brune striée d’argent. Les abeilles dorment aux creux de ses mains calleuses ! Un soir sans sourire , gravement il m’a dit :-« Yalos , je t’attends depuis longtemps pour te donner « Le Nom » .

Après une pirouette il est parti à grandes enjambées en sifflotant d’étranges notes modulées qui me semblaient familières .

Je n’ai pas saisi le sens de la phrase qu’il m’a dite …quel est sa signification ?

Olivier non plus n’a pas compris ! Avec son aide nous faisons basculer la lourde dalle de pierre ; en s’affaissant elle résonne d’un bruit métallique .

Son envers est « doublé » d’une plaque gris bleuté qui semble fondue dans la dalle ; à nos pieds s’amorcent les marches plus larges que hautes d’un escalier de même nature que la pierre qui en ferme l’entrée .

Olivier et moi nous y engageons  l’un suivant l’autre , il nous faut faire deux pas par degré . Désiré s’assied en tailleur au bord de l’ouverture , sort de sa poche un « flûtiau » il en tire les mêmes notes étranges qu’il sifflotait il y a quelques soirs , ainsi il a l’air d’un ange débonnaire dont il se dégage une paix profonde .

L’escalier dont les parois sont identique au bloc de pierre qui en obstruait l’entrée s’étire en pente douce .

L’air est tiède , la clarté du jour entre par l’ouverture . Après un virage celle-ci disparaît ; cela étant il devrait faire sombre mais une clarté émanant de nulle part nous éclaire comme un bain lumineux presque cristallin qui semble venir de la paroi révélant le scintillement des murs environnant. 

Au bas des marches l’inclinaison continue sur une voie où nous avançons côte à côte nous sentons la roche sous le sol sablonneux .

Nous arrêtant , nous levons la tête et constatons que le plafond de cette voie est taillé en arrondi sans arêtes visibles .

Ceux qui ont fait un tel Ouvrage ont pris soin de polir ,lustrer la pierre lisse comme un miroir . Reprenant notre avancée sur quelques mètres à l’horizontal .

A nouveau des marches se présentent , nous en comptons neuf pour atteindre un palier rectangulaire fait de trois grosses dalles polies comme celles de l’entrée que nous traversons et arrivons ainsi à une continuité de marches étroites très hautes que nous gravissons avec peine l’un derrière l’autre j’en compte sept .

Brusquement Olivier qui va devant s’arrête en poussant un oh de stupéfaction. Franchissant le dernier degré je le rejoins sur un palier carré fermé par un mur de pierres blanche polies ; la lumière est toujours égale un parfum ambré flotte dans l’air ambiant. Nous passons nos mains sur la paroi sans succès….

a suivre

Pastel perso

mortn036